Paysans et opposants : 600 manifestants contre la rocade de la vallée de la Mauldre

Ils ont défié Pierre Bédier, le président du conseil général, sur son terrain, à Versailles. Ils ont d’abord pique-niqué face au château, en attendant le départ du cortège. Après les prises de parole des élus locaux et régionaux, autour du collectif “Sauvons les Yvelines”, 600 personnes ont défilé (800 selon les organisateurs), paysans en tête avec leurs cinquante tracteurs. On n’avait pas vu ça depuis longtemps dans la ville royale.

Les manifestants étaient très nombreux.

Sous le soleil versaillais, la grosse sono reliée au groupe électrogène crache la chanson d’un crooner inconnu, tandis que les motards de la police nationale finissent d’avaler leur sandwich.

Des habitants d’Aulnay-sur-Mauldre, Maule, Andelu, Montainville, Marcq, Saulx-le-Marchais, Beynes, Vicq opposés à la déviation de la D191 sont présents, mais aussi des habitants de Crespières, Feucherolles, Saint-Nom-la-Bretèche qui, eux, pestent contre un projet d’élargissement de la D307, et enfin le collectif “A12 Non Merci” au complet. L’après-midi versaillaise des anti-routes, c’était samedi.

Convivial et musical

En famille, ils ont lié l’utile à l’agréable : déjeuner sur l’herbe et journée citoyenne. L’ambiance est bon enfant. Sous les canotiers, les manifestants ruraux plaisantent sur la forte impression laissée aux Versaillais, souvent incrédules, tout en partageant le pâté et la bouteille sortie de la glacière.

Un autre défilé, celui des touristes japonais amusés, nous fait dire que la réputation des Français, râleurs bien sûr, en sera encore une fois ressortie renforcée.

Avenue de Saint-Cloud, les tracteurs partis de Montainville à 11 heures du matin trônent majestueusement avec des messages qui rivalisent d’originalité : “Faites l’amour pas la route”, “Touche pas à mon oxygène”, “Paysans en colère contre le conseil général”, ou des plus définitives : “Bédier démission”. Les marcheurs, eux, ne sont pas en reste, lesquels ont donné libre cours à leur lyrisme : « Adieu notre campagne, adieu fertile région, bonjour les camions en route vers l’Espagne ! » Des slogans qui interpellent le passant sur la création de la nouvelle voie de la Mauldre.

Les opposants au prolongement de l’A12, à côté, ont crié pour l’aménagement de l’A10 et fustigé « les duperies du lobby autoroutier ».

Le président de l’association Jade, Marc Raymond (membre du collectif “A12 Non Merci”), a souligné la dimension exceptionnelle de ce premier rassemblement, qui devrait en appeler d’autres : « Jade travaille depuis quinze ans à cette journée… Pour que les Yvelines restent une terre agréable à vivre ! »

Une trentaine d’ élus, maires et conseillers régionaux, parmi lesquels Lucien Ferrier et Anny Poursinoff (Les Verts), Eddie Aït (PRG), Pierre Leguerinel, président de l’UDF des Yvelines, les représentants des syndicats agricoles (FNSEA et Coordination rurale), le collectif “A12 Non Merci”, et Corinne Lepage, la présidente de Cap 21 arrivée en voiture électrique, tous ont pris la parole avant que le cortège ne s’ébranle vers 16 heures dans Versailles un peu assoupie.

Le parcours de la manifestation était de trois kilomètres, parti de la place d’Armes, pour rejoindre l’avenue de Saint-Cloud.

Sur la remorque à foin, deux animatrices de bal se dandinent et égrènent les tubes de Dalida, “Besame Mucho”, ou de Michel Fugain, “Attention, mesdames et messieurs ça va commencer !”, devant des passants morts de rire.

Subitement, vers 17 heures, un incident manque de faire complètement capoter la journée militante. Boulevard de la Reine, la sono lâche, plus d’essence dans le groupe électrogène ! Pour se donner du cœur, les manifestants recommencent aussitôt à scander « Non à l’autoroute ! » Un bidon est dégoté rapidement, et la chanteuse reprend avec la même passion “Gigi in paradisco”.