La fronde des paysans contre la déviation de la Mauldre
Près de 80 agriculteurs du plateau de Montainville et de la vallée de la Mauldre ont bloqué les départementales 191 et 113 mercredi dernier, pour exprimer leur opposition à la déviation de la vallée de la Mauldre. Le président du conseil général des Yvelines entend réaliser ce nouvel axe pour désengorger la circulation entre Épône et Pontchartrain. Jeudi, Pierre Bédier, en visite cantonale à Aubergenville, a rencontré les opposants à la route.
Frédéric Antoine
Le Courrier de Mantes
Publié le: 10 mai 2006
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Le défilé de tracteurs a occasionné de gros bouchons jusque dans l’agglomération mantaise.
Il ne faisait pas bon circuler dans le secteur d’Epône mercredi vers 17 heures. Une quarantaine de tracteurs barraient le carrefour en direction de Mantes et d’Aubergenville. Déplaçant leur barrage, jusqu’à 19 heures, les agriculteurs qui manifestaient ce jour-là contre le projet de déviation de la vallée de la Mauldre ont quasiment interrompu la circulation à Flins et Aubergenville… occasionnant de monstrueux bouchons jusqu’à l’entrée de l’agglomération de Mantes.
Quelques heures plus tôt en début d’après-midi, Jean-Noël Roinsard, président de la Coordination rurale d’Ile-de-France Ouest et premier adjoint au maire de Montainville, avait réuni en assemblée générale, dans sa cour de ferme, quatre-vingts agriculteurs très remontés contre le projet de route à quatre voies.
Deux jours de tension
Cet axe, dont une partie passerait sur le plateau qui surplombe la vallée de la Mauldre, est censé délester l’actuelle D191. Pour eux, c’est le « coup de grâce » porté à une agriculture fragile car la voie passera forcément par des terres agricoles. « On va nous prendre notre outil de travail », voilà la phrase entendue le plus fréquemment. En ligne de mire des opposants, le président du conseil général est accusé de ne pas se préoccuper de l’avenir du monde paysan et de la pérennité des derniers espaces ruraux du département. « Le Département va réaliser une voie express dont l’emprise approchera les 60 mètres de large… On sacrifiera les meilleures terres et les espaces naturels de la région pour une route ! », fulmine Jean-Noël Roinsard.
À la tête de la fronde, Pascale Oger, la maire de Montainville, s’est érigée en véritable Pasionaria des fermiers de la Mauldre, elle a envoyé un plaidoyer pour la défense des terres agricoles à quarante-cinq maires du sud-ouest des Yvelines.
Cette mère de quatre enfants, ancienne cadre marketing chez Loréal, a été élue conseillère municipale du village de 400 habitants en 2003. Son credo : « Les gens ont le droit de vivre en paix à la campagne. » Pour elle, la déviation, loin de soulager le trafic en vallée de Mauldre, sera un aspirateur à camions : « Le projet n’est que le début de la liaison vallée de la Seine - autoroute A10 par Ablis… Les camions belges, espagnols vont sillonner notre région. Contrairement à ce que mes collègues croient, ce ne sera pas une déviation ! »
Pascale Oger assure que les habitants de la vallée vont se lever lorsqu’ils auront pris connaissance du projet : « Pour l’instant ils n’imaginent pas la monstruosité qu’on leur prépare. » Afin de les informer, la Coordination rurale, soutenue par un collectif de 55 associations, prévoit d’arroser la région de 30 000 tracts.
Mercredi, au cri de « Touche pas à ma plaine ! », l’élue a pris la parole avant de sauter dans la remorque d’un tracteur, direction Epône à 20 kilomètres heures… « Je suis seule avec Christine Boutin et Gérard Larcher à prendre la défense des intérêts des agriculteurs », déclare-t-elle.
Une phrase extraite du document de présentation du schéma de développement équilibré de la région (préparatoire à la révision du Schéma directeur de la Région Ile-de-France) fait hurler l’élue de Montainville : « On nous dit que la voie sera conçue comme un véritable itinéraire de découverte, c’est se moquer du monde ! Cette route va décapiter l’extrémité ouest de la plaine de Versailles… Il faut se projeter dans vingt ou trente ans, cette route amènera de l’urbanisation inévitablement. C’est une nouvelle banlieue qu’on va créer ici ! »
Pour les agriculteurs, « les nuisances occasionnées par les 10 000 véhicules qui empruntent chaque jour la D191 », asphyxiant les communes de Nézel ou de Beynes, relèvent d’« un autre débat ». « Les communes ont d’autres moyens de régler ce problème », croit savoir Jean-Noël Roinsard.
Le lendemain, lui et ses collègues ont été reçus par Pierre Bédier à la mairie de Maule, chez Daniel Demaison, vrai partisan de la nouvelle route. À l’arrivée du président du conseil général, un peloton de gendarmes mobiles, chargé de protéger le bâtiment et les personnalités présentes, encadrait les manifestants. Ces derniers s’étaient faufilés jusqu’au cœur du village par Andelu. Armés d’un seul porte-voix, les agriculteurs étaient toujours aussi énervés.
Les syndiqués de la Coordination rurale et le président du conseil général ont constaté que leurs points de vue étaient irréconciliables.
Pierre Bédier répond
Pierre Bédier, lui, veut agir contre « une situation inacceptable » pour les habitants des communes de la D191 et se montre rassurant en brocardant les « fantasmes » de ses contradicteurs : « Il n’y a pas de projet départemental de faire une autoroute internationale ! Il n’y aura pas d’urbanisation non plus, il n’est pas question d’urbaniser la vallée de la Mauldre », en expliquant que ce secteur n’était pas concerné par l’opération d’intérêt national.
À la sortie de l’entrevue de jeudi, les agriculteurs n’étaient toutefois pas convaincus : « Si le président du conseil général change, on peut avoir une autre politique. Le problème de la pérennité de nos exploitations reste posé », maintient Jean-Noël Roinsard.
Une deuxième manifestation est prévue à la fin du mois de mai, avant la délibération présentée en séance du conseil général de juin, qui autorisera ou non le lancement des procédures pour la création de ce nouvel axe nord-sud. À en croire les agriculteurs de la vallée, la fronde ne fait que commencer…