Les opposants à la nouvelle voie de la Mauldre en meeting à Marcq

Sur le stade de football, un podium avait été dressé sur un plateau de remorque agricole, et le public se tenait entre les buts. La salle des fêtes aurait été trop petite pour accueillir les 450 personnes venues à la réunion du collectif “Sauvons les Yvelines”.

Frédéric Antoine

Le Courrier de Mantes

Publié le: 16 juin 2006

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De gauche à droite : Marc Raymond, Corinne Lepage et Jean-Noël Roinssard.

« Vous défendez votre vie et c’est déjà légitime. Mais au-delà, ce type de choix est aberrant ! La route s’inscrit définitivement dans un environnement non-durable… » A la tribune improvisée sur le stade de football de Marcq l’autre mardi, Corinne Lepage est venue donner le ton de la mobilisation. La présidente de Cap 21 est devenue en une semaine une fidèle de la cause du collectif “Sauvons les Yvelines” opposé aux projets de routes qui sortent successivement des cartons depuis vingt ans… jusqu’à l’annonce d’une deux fois deux voies pour dévier la route de la vallée de la Mauldre.

Initié par les habitants de la vallée de la Mauldre, le collectif rassemble tous les opposants à la déviation de la D191 (ou A88) et s’est récemment rapproché du collectif “A12 Non merci” (57 associations). « Tous ces projets de routes, liés les uns aux autres, présentent une cohérence d’ensemble », explique le collectif “Sauvons les Yvelines” qui a réuni plus de 400 personnes.

L’annonce récente faite par Pierre Bédier, qui veut réaliser la déviation de la D191 par le plateau d’Andelu, et dans les campagnes de la plaine de Thoiry, a déclenché la fronde.

Une 4e rocade ?

Les « anti-route », eux, ne parlent plus de « déviation de la vallée de la Mauldre » mais de « bouclage de la quatrième rocade d’Ile-de-France », carte du nouveau schéma directeur d’lle-de-France à l’appui. Le projet est dans les cartons depuis 1976.

Le collectif étaye ses propos : il y a d’abord le projet de prolongement de l’A12 au sud de Saint-Quentin-en-Yvelines, et le passage en deux fois deux voies de la Nationale 191 entre Ablis et l’A10, qui devrait former un « bout de route » supplémentaire… Tous ces petits bouts de tronçons mis bout à bout constituent, selon lui, un bouclage grand format de la quatrième rocade d’Ile-de-France.

Un partisan de la nouvelle voie de la Mauldre, Daniel Demaison, le maire de Maule, confirme qu’il y a bien un débat en ce moment sur la quatrième rocade et qu’en coulisses les pressions sont fortes pour que la rocade soit arrêtée au niveau de la Nationale 12… « Il y a de fortes chances pour que le tronçon sud ne se fasse jamais », avance-t-il. « La déviation commencera à Epône et s’arrêtera à la Nationale 12 », assure le maire de Maule.

Sur ces débats, qui n’en sont peut-être qu’un seul, Corinne Lepage informait les habitants de la vallée de la Mauldre, mardi soir, que l’Etat est en infraction lorsqu’il « saucissonne » un projet routier. Elle lançait aussi l’idée de saisir la commission du débat public sur le contournement de Paris.

La présidente de Cap 21, ancienne ministre de l’Environnement du gouvernement Juppé qui a fait voté la loi sur l’air en 1996, déplore la quantité de projets routiers en Ile-de-France et s’interroge : « Cette loi est déjà peu appliquée, mais avec tous les plans actuellement sur la table, comment la France pourra-t-elle s’aligner sur les normes communautaires ? On en est loin ! »

Mardi, au milieu du petit stade de football, sur le plateau-podium posé sur une remorque agricole, Pierre Soin, le maire de Marcq, entouré de Pascale Oger, la maire de Montainville, du président de la Coordination rurale d’Ile-de-France Jean-Noël Roinssard, et de Marc Raymond, de l’association Jade (contre le prolongement de l’A12) ouvre le match… qui pourrait ressembler à un long bras de fer avec le président du conseil général.

Pierre Soin, le président du collectif “Sauvons les Yvelines” rappelle que « chaque fois qu’on a construit une rocade en Ile-de-France, l’urbanisation est venue jusqu’à elle ».

Les membres du collectif “Sauvons les Yvelines” soulignent tout de même la nécessité de prendre en compte les préoccupations des riverains de la D191, de Nézel et de Beynes, traumatisés par les passages quotidiens des camions, et ils prennent garde à ne pas « opposer les habitants de la vallée de la Mauldre aux habitants des plateaux et de la plaine de Versailles ». Mais « loin de résoudre leurs problèmes, soulignent-ils, la voie autoroutière » en préparation va au contraire « aggraver la situation du trafic routier dans ce secteur » (ndlr, trois bretelles sont prévues à Epône, Maule et Méré).

Surtout si l’A12 est prolongée, la nouvelle voie de la vallée de la Mauldre permettra de relier l’A1 (nord de l’Europe) à l’A10 et A11 (sud-ouest de l’Europe).

Envisageant le pire, les ruraux du sud des Yvelines estiment qu’il y a d’autres solutions à mettre en œuvre pour soulager les habitants de la vallée de la Mauldre des 15 000 véhicules qui traversent leur village chaque jour, et cela avant dix ans (le délai estimé pour la réalisation de la déviation de la D191). Mais lesquelles ? Pierre Soin évoquera le vieux projet de tracé Ablis-Houdan-Mantes, ce qui reviendrait à repousser la déviation chez les voisins. Une idée vite écartée, le soir même, le collectif se défendant de ne prêcher que pour sa chapelle.